L’ART ET LA MATIÈRE : INTERVIEW AVEC CAROLINE PERRIN | Moore
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L’ART ET LA MATIÈRE : INTERVIEW AVEC CAROLINE PERRIN

24-11-2022

De responsable produits financiers à Londres, à dirigeante de création artistique. nous avons eu plaisir d’échanger avec Caroline Perrin qui nous a raconté avec passion son travail et les œuvres qu’elle conçoit chaque jour.

Caroline, pouvez-vous nous parler de vous ?

Je suis la dirigeante de l’atelier AC Matière, que j’ai créé en 2003. Je suis à la fois en charge de la création et de l’innovation sur les briefs. Je gère également une équipe d’artistes freelance; une vingtaine de peintres/décorateurs avec qui je travaille depuis au moins une dizaine d’années.

Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai un parcours assez atypique. J’ai fait une école de commerce, l’EDHEC à Lille, avec une majeure en Finance de marché. J’ai ensuite travaillé 10 ans dans la banque d’affaires à la Société Générale sur les produits dérivés. J’ai poursuivi ma carrière à Londres pour des banques Suisse comme UBS et Crédit Suisse au sein desquelles je conseillais les grandes entreprises françaises pour leurs opérations sur les marchés de taux ou d’actions. C’était absolument fantastique en termes d’énergie, de responsabilités. Très jeune j’ai pu faire des deals très importants, voyager dans de nombreux endroits du monde et tout ça à moins de 30 ans.

Au bout de 10 ans je me suis dit que je voulais faire quelque chose d’autre. Les métiers de la finance sont passionnants, mais je ne me voyais pas faire ça toute ma vie.

J’ai toujours été très créative même dans la finance. C’est ce qui m’a poussé à changer de voie.

J’avais envie de rentrer en France et l’idée de créer mon entreprise s’est imposée à moi.

Et comment s’est lancée l’aventure d’entrepreneure ?

J’ai monté ma boîte avec Anastasia, une amie artiste russe, qui venait de finir la Femis et qui travaillait en section décors.  Grâce à elle, j’avais pu voir des ateliers de création de décors de théâtre et de cinéma. Et c’est là que j’ai découvert des techniques absolument incroyables mais je trouvais qu’elles n’étaient pas exploitées à 100%. J’ai rencontré des personnes avec des technicités incroyables, qui faisaient de la peinture décorative, avec des savoir-faire magnifiques, et de part tous mes voyages, les lieux que j’ai pu visiter à travers le monde, je me disais que ces techniques là, il faudrait les utiliser pour faire autre chose. Ces techniques utilisées avec des couleurs plus sobres et élégantes pouvaient mener à des œuvres fantastiques. Cela permettrait que ces savoir-faire rencontrent de nouveaux clients.

Ce sont des savoir-faire qui coûtent très cher parce que c’est à 95% de l’humain, ce sont des heures et des heures de travail. Ce n’est pas forcément le coût de la peinture, du châssis ou des outils qui est élevé mais c’est le coût d’un savoir-faire unique. AC Matière a donc été créé de ce constat.

Qui sont vos clients ?

On a la chance en France d’être dans un pays où l’on a des clients qui acceptent de payer le prix notamment dans le secteur du Luxe. Donc j’ai essayé de prendre toutes ces techniques artistiques pour les faire coïncider avec les besoins des personnes qui avaient les moyens d’acheter nos prestations, que ce soit pour des hôtels, des boutiques ou des particuliers etc.

Très vite on a trouvé notre clientèle : les grandes maisons de Luxe telles que Dior, Chanel, Piaget, Chaumet, Guerlain, Givenchy, Cartier. Toutes ces maisons sont assez friandes de notre travail qui est de l’art décoratif mural remis au goût du jour.

 

Vous avez des matières de prédilections ?

Mes matières sont : l’enduit, la plâtre, le béton mais à part ça je n’ai pas de matière préférée : j’aime beaucoup l’éclectisme.

Les matières changent au gré des modes. On vient chez moi pour chercher des choses qui sont des matières sensibles, des textures avec un grain, une matité, un côté poudreux, un côté sableux, etc. Je pense que je me définis plus comme un studio de création et nos clients attendent de nous que nous puissions proposer des matières et des textures innovantes. On essaye d’être dans l’air du temps. Donc quand les clients viennent nous voir, ils ne viennent pas acheter une matière mais une idée, un concept et un accompagnement.

Avec MOORE, vous avez travaillé sur quelques sujets tertiaires, quelle différence cela fait t-il ?

Aucune. Quand on fait appel à moi, c’est justement pour pouvoir ramener un petit supplément d’âme dans des lieux qui sont souvent assez neutres. Mais ce n’est pas parce que c’est neutre que ce doit être mort et ennuyeux donc on fait appel à moi pour ajouter une dose de sensibilité dans les lieux.  Par exemple, pour le projet Infravia nous sommes restés sur des choses assez épurées et minérales mais on apportait un peu d’humour, un peu de vie avec de grandes lignes qui se croisaient. Le but est de faire en sorte que ça accompagne un décor. Le fait que ce soit fait à la main nous laisse voir l’imperfection artistique du geste et mène à une émotion. On sent qu’il y a un peu d’humain dans tout ça et je pense que c’est ce que j’arrive à apporter dans le milieu tertiaire.

Quel est le projet le plus fou ? Celui qui vous a le plus marqué ?

Je pense qu’on est un peu spécialisé dans les coups dingues. Par exemple, pour Jean Nouvel, j’ai pu faire des décors sur des murs de 25m de haut, mais ça peut aussi être « vous avez une nuit pour faire un décor dans une boutique ». On vient souvent nous chercher pour des projets qui sortent de l’ordinaire donc des projets fous il y en a plein…

Mais le côté un peu fou nous ressemble bien et c’est à l’image de nos clients qui débordent d’imagination et qui ont le goût du challenge. Cela fait partie de ce  que l’on aime.